Les apothicaireries de la Dombes : trésors méconnus du patrimoine médical
Saint-Paul-de-Varax, Châtillon-sur-Chalaronne, Montmerle : les apothicaireries de la Dombes conservent des collections exceptionnelles de pots anciens et de remèdes d'époque.
Les apothicaireries de la Dombes constituent un volet souvent ignoré du patrimoine régional. Ces anciennes pharmacies d’hôpital, aménagées dans les Hôtels-Dieu et hospices, ont conservé des collections de pots en faïence, de boîtes de bois et de préparations médicinales qui documentent la médecine pratiquée entre le XVIIe et le XIXe siècle. Trois sites ouvrent leurs portes au public dans la région.
L’Hôtel-Dieu de Châtillon-sur-Chalaronne
L’apothicairerie de Châtillon-sur-Chalaronne est la plus remarquable de la Dombes. Installée dans l’ancien Hôtel-Dieu, elle occupe une salle voûtée où sont rangés une centaine de pots en faïence provenant des manufactures de Nevers et de Moustiers. Des boîtes de bois sculpté, des mortiers en bronze et des flacons de verre soufflé complètent l’ensemble. Les étiquettes manuscrites portent encore les noms des préparations : thériaque, diascordium, confection d’hyacinthe, autant de remèdes hérités de la pharmacopée antique et arabe, censés soigner fièvres, morsures et affections de toutes sortes. La visite restitue le travail de l’apothicaire, qui composait ses médicaments à partir des plantes du jardin médicinal et de substances importées : sucre candi, aloès, myrrhe, opium.
L’Hôtel-Dieu de Châtillon fonctionna jusqu’au début du XXe siècle. L’établissement accueillait les malades pauvres de la ville et des campagnes environnantes, et la pharmacie jouait un rôle central dans cette mission de soins.
Saint-Paul-de-Varax et Montmerle
L’apothicairerie de Saint-Paul-de-Varax se trouve dans l’ancien hospice du village. Plus modeste que celle de Châtillon, elle n’en est pas moins représentative : pots de pharmacie en faïence, balances de précision, mortiers en pierre et instruments de préparation y sont exposés. Les étagères en bois à croisillons, conçues pour empêcher les pots de tomber lors des vibrations ou du passage des charrettes, sont restées en place.
À Montmerle-sur-Saône, aux confins de la Dombes et du Val de Saône, l’apothicairerie de l’ancien hospice perpétue la même tradition muséographique. Les flacons de verre, les boîtes de bois étiquetées et les registres d’inventaire retracent l’organisation des soins dans une petite commune rurale aux XVIIIe et XIXe siècles.
La médecine des étangs
Ces apothicaireries rappellent que les Hôtels-Dieu constituaient, sous l’Ancien Régime, le principal dispositif de soins pour les populations rurales. Chaque établissement possédait sa pharmacie, tenue par un apothicaire qui combinait botanique, chimie rudimentaire et croyances héritées de l’Antiquité. La Dombes, alors largement recouverte de marécages, souffrait d’un paludisme endémique. Les fièvres tierces et quartes y étaient monnaie courante, et les remèdes antipyrétiques figurent en bonne place dans les collections conservées.
Les conditions de visite varient selon les saisons et les communes. L’office de tourisme de la Dombes diffuse le calendrier d’ouverture et organise des visites guidées pour les groupes.
Ces trois sites offrent un regard inattendu sur la région, loin des étangs et de l’avifaune. Ils ancrent la Dombes dans une histoire sociale et médicale concrète, celle des soins prodigués aux plus démunis pendant trois siècles, et complètent la découverte d’un patrimoine bâti que l’on croit à tort limité aux églises et aux châteaux.