La chasse en Dombes : traditions, réglementation et débats
La chasse aux etangs est une tradition ancienne en Dombes, entre pratique cynégétique et enjeux de préservation. Comprendre un sujet sensible mais structurant.
Parler de la chasse en Dombes, c’est aborder une pratique indissociable de l’identité du plateau et de ses étangs. Depuis des siècles, les eaux dombistes attirent une avifaune migratrice abondante, et la chasse au gibier d’eau s’est imposée comme un héritage culturel structurant. Elle suscite aussi, aujourd’hui, des débats qui dépassent largement le cercle des chasseurs et des protecteurs de la nature.
Une tradition ancrée dans le paysage des étangs
La chasse aux étangs est aussi ancienne que les étangs eux-mêmes. Dès leur création, il y a plusieurs siècles, les plans d’eau dombistes ont attiré les oiseaux migrateurs et les chasseurs qui les suivaient.
Le hutteau est l’installation la plus emblématique de cette tradition. Cette petite cabane basse, dissimulée dans la végétation des berges, est percée d’une ouverture donnant sur l’étang. Le chasseur s’y installe à l’aube ou au crépuscule, lors des passées, ces moments où les oiseaux volent d’un plan d’eau à l’autre. Les hutteaux, encore visibles sur les rives de nombreux étangs, font partie du patrimoine vernaculaire de la Dombes au même titre que les pêcheries ou les granges en pisé.
Les espèces chassées sont variées : canard colvert, sarcelle d’hiver, fuligule milouin, vanneau huppé, bécassine. En période de grand froid, les bandes d’oies cendrées font leur apparition, venues du nord chercher des eaux libres de glace.
Locations de lots et organisation de la chasse
La gestion cynégétique des étangs repose sur un système de lots. Chaque étang, ou groupe d’étangs, est divisé en lots de chasse qui sont loués pour la saison. Ces locations représentent un revenu complémentaire pour les propriétaires et participent à l’économie locale du plateau. Les prix varient selon la réputation de l’étang, sa surface et la qualité du territoire.
Ce système est encadré par la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain, qui joue un rôle central dans la régulation, la formation des chasseurs et le suivi des populations d’oiseaux. Chaque lot correspond à un nombre défini de postes de tir, afin d’éviter la surfréquentation.
La chasse en Dombes ne se limite pas au tir. Elle comprend aussi la gestion de l’étang, le maintien des berges, le fauchage des roselières et la régulation des espèces nuisibles. Beaucoup de chasseurs sont aussi pisciculteurs ou agriculteurs, et leur attachement au territoire va bien au-delà de la saison.
Une pratique contestée
La chasse en Dombes ne fait pas l’unanimité. Chaque automne, la tension monte entre chasseurs et associations de protection de la nature sur les dates d’ouverture, les quotas et l’impact des prélèvements sur les populations d’oiseaux migrateurs.
La désignation d’une grande partie de la Dombes en zone Natura 2000 a introduit des contraintes supplémentaires. Les sites classés accueillent des espèces protégées qui ne peuvent être chassées, et les gestionnaires doivent concilier la pratique cynégétique avec la préservation des habitats. Le Conservatoire d’espaces naturels de Rhône-Alpes mène des inventaires et des actions de gestion sur plusieurs étangs, en partenariat avec les propriétaires et les acteurs locaux.
Le débat porte aussi sur le calendrier. Les chasseurs défendent le maintien des dates traditionnelles et rappellent que la Dombes est un territoire aménagé par l’homme depuis des siècles, où la chasse participe à la gestion des milieux. Les associations naturalistes soulignent que les étangs jouent un rôle de refuge pour des espèces en déclin et que la pression cynégétique doit s’adapter à la réalité biologique.
Ce qui se joue autour des étangs dépasse la seule question de la chasse. C’est tout l’usage d’un territoire partagé entre traditions, économie et préservation écologique qui est en jeu.