Les étangs de la Dombes : histoire d'un paysage unique en France
Créés par les moines au Moyen Âge, les mille étangs de la Dombes ont façonné un paysage et une économie piscicole uniques. Histoire et fonctionnement.
Des origines monastiques
Les étangs de la Dombes ne sont pas l’œuvre de la nature, mais celle des hommes. Dès le XIIe siècle, les moines cisterciens de l’abbaye Notre-Dame des Dombes, au Plantay, entreprirent de transformer les marécages et les vallons de ce plateau situé entre Saône et Ain en vastes plans d’eau. En édifiant des digues de terre aux points bas du relief, ils créèrent des réserves destinées à l’élevage du poisson, alors indispensable à l’alimentation durant les périodes de carême.
Cet héritage s’est étendu sur plusieurs siècles. À la fin du Moyen Âge, on dénombrait près de 1 500 étangs dans la région. Les seigneuries, puis les propriétaires bourgeois des XVIIIe et XIXe siècles, poursuivirent l’œuvre monastique en créant de nouveaux plans d’eau. Aujourd’hui, environ 1 100 étangs subsistent, répartis sur une trentaine de communes entre Villars-les-Dombes, Saint-Paul-de-Varax, Marlieux et Lapeyrouse.
Le système de l’assec
Le principe qui régit les étangs dombistes porte un nom : l’alternance entre l’évolage et l’assec. L’évolage désigne la période pendant laquelle l’étang est en eau, généralement deux à trois ans, durant laquelle les poissons se développent. L’assec est la phase de mise à sec. On ouvre la bonde pour vider l’étang, on récolte le poisson dans le pêcher (ce bassin de capture situé en aval de la digue), puis on cultive le fond asséché.
Cette rotation permet de minéraliser la vase, d’enrayer les maladies parasitaires et de fertiliser naturellement le sol. Un étang en assec produit du blé, du maïs ou du colza pendant un an ou deux avant d’être remis en eau pour un nouveau cycle d’élevage. Ce système, vieux de huit siècles, fait de la Dombes un paysage à la fois piscicole et céréalier, sans équivalent dans aucune autre région de France.
La gestion de l’eau repose sur un réseau de fossés, de prairies d’alimentation et de biefs qui captent les eaux de pluie et de ruissellement. Chaque étang communique avec ses voisins par un système hydraulique savant, hérité des générations de paysans-étangiers qui ont façonné ce territoire commune après commune.
Un paysage vivant
Les étangs ne servent pas qu’à produire du poisson. Ils constituent un écosystème classé Natura 2000 qui accueille chaque année des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs. Hérons, aigrettes, cigognes noires, canards sauvages et limicoles y trouvent des zones d’alimentation et de reproduction. Le parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes, établi au bord de l’étang de la Dombes, illustre cette richesse ornithologique et attire des visiteurs venus de toute la région.
Le Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne-Rhône-Alpes accompagne les propriétaires d’étangs dans la préservation de ces zones humides. Ses actions portent sur la gestion raisonnée des niveaux d’eau, le suivi des populations d’oiseaux et la restauration des roselières.
Une économie qui traverse les siècles
Avec environ 2 500 tonnes de poisson produites par an, la Dombes reste la première région piscicole de France. Carpes, brochets, tanches et gardons alimentent les marchés locaux, mais aussi une partie du Sud-Est et de l’Europe centrale, où la carpe est un mets de fête traditionnel.
Ce que les moines avaient inventé pour nourrir leurs communautés est devenu un élément structurant de tout un territoire, dont le paysage, l’économie et l’identité sont indissociables de ces mille miroirs d’eau, creusés par la patience des générations successives.